Exploitation minière à la frontière haïtiano-dominicaine : le projet d’Unigold franchit une étape décisive, le GAFE somme l’État haïtien d’agir

CTN News

Port-au-Prince, mardi 3 mars 2026 – Le projet d’exploitation d’une mine d’or porté par la compagnie canadienne Unigold, dans la province de Dajabón, en République dominicaine, progresse vers une phase déterminante. Situé à proximité immédiate de la frontière haïtienne, le site a reçu, ce 3 mars 2026, la visite officielle du ministère dominicain de l’Environnement et des Ressources naturelles. Une étape présentée comme préalable à la validation des termes de référence encadrant l’étude d’impact environnemental et social.

Selon des informations publiées par l’entreprise le 27 février 2026, les autorités dominicaines avancent vers l’autorisation d’une étude complète, dernière marche avant une éventuelle exploitation. Cette dynamique pourrait accélérer sensiblement le calendrier du projet et rapprocher le démarrage effectif des opérations minières.

Des inquiétudes environnementales grandissantes pour Haïti

À Port-au-Prince, la tenue d’une conférence de presse, le même jour, a mis en lumière les préoccupations croissantes du Groupe d’action francophone pour l’environnement (GAFE). L’organisation alerte sur les risques potentiels que le projet ferait peser sur les écosystèmes et les communautés haïtiennes, en raison de sa localisation transfrontalière.

Le GAFE évoque notamment des menaces pour les affluents de la rivière Massacre ainsi que pour le bassin du fleuve Artibonite, deux ressources hydriques essentielles pour l’agriculture, l’alimentation et la vie quotidienne en Haïti.

L’exploitation aurifère pourrait impliquer l’utilisation de cyanure, un produit chimique hautement toxique servant à séparer l’or de la roche. En cas de fuite ou de mauvaise gestion, ce procédé expose les cours d’eau et les nappes phréatiques à des risques de contamination irréversible.

Par ailleurs, l’extraction minière peut libérer des métaux lourds – tels que l’arsenic, le plomb ou le cadmium – susceptibles de polluer durablement les sols et les rivières. De tels impacts auraient des conséquences directes sur la qualité de l’eau, la biodiversité, la production agricole et la santé des populations riveraines, en particulier du côté haïtien.

Les inquiétudes se sont également exprimées lors d’une rencontre intercommunale tenue le 28 février 2026 à Ouanaminthe. Organisations communautaires et autorités locales y ont manifesté leur opposition au projet, dénonçant l’absence de communication officielle des autorités haïtiennes sur ce dossier sensible.

Le GAFE interpelle les autorités haïtiennes

Dans une lettre ouverte adressée au ministère haïtien de l’Environnement et au Bureau des mines et de l’énergie, le GAFE exige une action urgente pour protéger les droits des citoyens haïtiens ainsi que les écosystèmes frontaliers. L’organisation formule plusieurs demandes clés : la reconnaissance des communautés haïtiennes potentiellement affectées comme parties prenantes dans les termes de référence de l’étude d’impact environnemental et social ; la mise en place d’un accompagnement technique afin de défendre leurs droits et de préserver le patrimoine naturel ; le recours aux mécanismes du droit international pour garantir le respect des droits fondamentaux ; l’ouverture d’un dialogue binational officiel entre Haïti et la République dominicaine.

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