Les Nations Unies sont en bonne voie de respecter les délais fixés par le Conseil de sécurité pour établir un bureau de soutien logistique à la nouvelle Force de répression des gangs en Haïti, a rapporté le Miami Herald. Ces avancées techniques interviennent dans un contexte de crise politique aiguë et d’une violence endémique des gangs.
Le porte-parole du Secrétaire général, Stéphane Dujarric, a confirmé l’arrivée à Port-au-Prince du premier hélicoptère de la mission, une étape qualifiée « d’importante pour la logistique et la mobilité opérationnelle ». Du matériel supplémentaire est en transit depuis les bases logistiques de l’ONU à Brindisi, en Italie, et depuis Bagdad – ce dernier provenant de l’ancienne Mission d’assistance des Nations Unies pour l’Irak.
L’organisation s’est engagée à tenir un calendrier serré : fournir des services de soutien au Bureau intégré des Nations Unies en Haïti d’ici le 1er février, et un appui opérationnel à la Force d’appui d’ici le 31 mars.
Le directeur intérimaire du nouveau bureau, Stephen McOwan, a rejoint les 37 membres du personnel déjà sur place dans la capitale haïtienne. Un second bureau a été ouvert à Saint-Domingue, en République dominicaine, pour assurer des fonctions administratives et logistiques. La République dominicaine servira également de base pour les évacuations médicales.
C’est Jack Christofides, un expert chevronné en consolidation de la paix, qui a été nommé à la tête de cette nouvelle force. Son mandat sera plus étendu que celui de la précédente Mission multinationale de soutien à la sécurité, dirigée par le Kenya.
Ces préparatifs, souligne le Miami Herald, se déroulent dans un climat politique extrêmement instable. Cinq des sept membres du Conseil présidentiel de transition ont récemment tenté de destituer le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé et le président du Conseil Laurent Saint-Cyr, avant l’expiration du mandat de l’instance, prévue le 7 février.
Cette tentative a poussé l’administration Trump à imposer des sanctions contre les cinq conseillers visés, ainsi que contre un ministre pressenti pour remplacer Fils-Aimé.
Diego Da Rin, analyste à l’International Crisis Group cité par le Miami Herald, met en garde contre les risques immédiats : « Il est probable que les gangs tentent, dans un avenir proche, de lancer une offensive pour faire dérailler le déploiement de cette force renforcée. »
La coalition de gangs Viv Ansanm, inscrite en juin sur la liste des groupes commettant les crimes les plus graves contre les civils et les enfants par l’ONU, est connue pour exploiter les crises politiques pour lancer des assauts.
La Force de répression des gangs se distinguera à plusieurs égards des missions précédentes. Ses effectifs seront environ cinq fois supérieurs à ceux de la mission kényane. Plus axée sur un profil militaire que policier, elle opérera de manière indépendante de la Police nationale haïtienne.
Son financement sera mixte : les coûts structurels seront couverts par les contributions obligatoires des États membres, tandis que les salaires du personnel proviendront de contributions volontaires.
À ce jour, une douzaine de pays se sont engagés à déployer des troupes. Un premier contingent est attendu en avril, et le gros des effectifs devrait être déployé d’ici l’été. Un fonds d’affectation spéciale des Nations Unies a déjà recueilli des promesses de dons s’élevant à 173 millions de dollars.
Une fenêtre d’opportunité étroite
« Les prochaines semaines sont extrêmement préoccupantes pour tout le monde », résume Diego Da Rin. La marge de manœuvre pour stabiliser le pays est réduite, d’autant que les groupes armés cherchent à la fois à étendre leur territoire et à s’immiscer dans le jeu politique pour négocier une future amnistie.
Le succès de cette intervention internationale dépendra non seulement de la rapidité et de l’efficacité de son déploiement, mais aussi de sa capacité à s’inscrire dans une stratégie politique cohérente pour Haïti – un pays où la gouvernance de transition reste profondément fragilisée.


