Crise scolaire en Haïti : plus de 800 écoles privées fermées et des milliers d’élèves livrés à eux-mêmes dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince

CTN News
Par CTN News
Categories: Éducation Haïti

Port-au-Prince, dimanche 25 janvier 2026_Une enquête menée par l’Union des Parents d’Élèves Progressistes Haïtiens (UPEPH) dans plusieurs communes de la zone métropolitaine de Port-au-Prince révèle une situation alarmante du système éducatif haïtien.

Selon cette enquête, alors que le premier trimestre de l’année scolaire est achevé et que les examens ont été organisés, plus de 800 écoles privées de la zone métropolitaine demeurent fermées depuis la fin du mois de février 2024. Cette fermeture massive a plongé plusieurs centaines de milliers d’élèves dans la rue. Certains d’entre eux auraient rejoint les rangs des gangs armés, tandis que plus de 20 000 enseignants se retrouvent au chômage, laissant leurs familles dans une précarité extrême, parfois contraintes de vivre dans des camps ou dans la rue.

Plusieurs dizaines d’écoles publiques ont fermé définitivement, tandis que d’autres fonctionnent avec un effectif très réduit.

Une rentrée scolaire largement compromise

Pour l’année académique 2025-2026, le ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle (MENFP) avait fixé la rentrée scolaire au mercredi 1e octobre 2025. Pourtant, la quasi-totalité des écoles privées qui avaient fermé leurs portes dans la zone métropolitaine n’ont toujours pas repris leurs activités.

Seules quelques écoles privées ont pu se relocaliser dans des zones relativement sécurisées, notamment à Delmas et à Pétion-Ville, en louant des bâtiments à des coûts élevés.

Ces charges sont répercutées sur les parents d’élèves, ce qui a entraîné une hausse significative des frais de scolarité, parfois presque doublés, selon les constats de l’UPEPH.

Des écoles publiques en déclin dramatique

L’UPEPH documente un déclin dramatique de plusieurs écoles publiques de la zone métropolitaine afin d’illustrer l’ampleur de la crise.

École nationale Fortuna Guery : Avant la recrudescence de la violence des gangs à la fin février 2024, cette école située à Portail Léogâne et rue Oswald Durand comptait 245 élèves au troisième cycle fondamental. A cause des violences armées, elle a été contrainte de se déplacer au lycée de Carrefour-Feuilles, où l’effectif est tombé à 35 élèves. Aujourd’hui, faute d’un nouveau local attribué par l’État, l’école est retournée dans son ancien emplacement et ne compte plus que 7 élèves.

École nationale Victorine Latortue : Située autrefois à la rue Monseigneur Guilloux, près du sanatorium, elle disposait de 12 salles de classe et accueillait 1 600 élèves. Pour l’année scolaire 2025-2026, l’école a pratiquement disparu. Déplacée à avenue Fouchard, elle n’a plus aucun élève.

École nationale République du Brésil : Anciennement située rue Capois, avec 11 salles de classe et 1 203 élèves, elle partage aujourd’hui le même local que le lycée Fritz Pierre Louis, dans les locaux de l’Université Renaissance d’Haïti (URH). Elle ne dispose plus que de 3 salles de classe pour environ 150 élèves.

Situation dans plusieurs autres communes en dehors de la capitale

Gressier : l’École nationale de Gressier, qui comptait 9 salles de classe et 1 300 élèves avant l’attaque du commissariat en mars 2024, n’accueille plus que 405 élèves.

Cabaret : l’École nationale de Source Matelas est fermée.

Montrouis : l’École nationale de Montrouis et le lycée de Montrouis sont fermés.

Kenscoff : l’École nationale de Kenscoff, l’École nationale de Bongard et l’École nationale de Furcy sont fermées.

Effondrement des lycées publics à Port-au-Prince

Lycée Jean-Jacques Dessalines : anciennement avenue Christophe, avec plus de 1 500 élèves et 12 salles de classe, il fonctionne aujourd’hui au lycée de Pétion-Ville avec seulement 4 salles de classe et 234 élèves.

Lycée Fritz Pierre Louis : autrefois situé rue Saint-Honoré, il accueillait plus de 5 500 élèves. Aujourd’hui, relocalisé à l’Université Renaissance d’Haïti, il ne compte plus que 600 élèves répartis dans 6 salles de classe.

Lycée Marie-Jeanne : lycée de référence pour les jeunes filles, il comptait plus de 4 500 élèves. Installé désormais dans l’ancien local de Sainte-Rose de Lima, il ne compte plus que 800 élèves. L’État ne prend pas en charge le loyer du local.

Lycée des Jeunes Filles : autrefois fort de plus de 4 000 élèves, il fonctionne aujourd’hui avec 800 élèves dans 6 salles de classe, dans la zone des dalles. Le loyer du local est payé par l’UNICEF, mais l’organisation a annoncé qu’elle ne pourra plus assurer ce soutien pour l’année académique 2026-2027.

Écoles nationales fermées dans la zone métropolitaine

Dans la commune de Port-au-Prince, plusieurs écoles nationales sont fermées, notamment :

École nationale Venezuela (rue du Peuple).

École nationale Smith Duplessis (rue Macajou)

École nationale Fabre Geffrard (Grande Rue)

École nationale Esther Beaubrun Honorat (rue Monseigneur Guilloux)

École nationale Emerante Papailler (Martissant 23)

École nationale Victorine Latortue.

Dans la commune de Ganthier, cinq écoles nationales sont fermées, dont l’École nationale de Balan et l’École nationale Saline Coustard.

Un droit à l’éducation bafoué

L’UPEPF rappelle que l’article 26 de la Déclaration universelle des droits de l’homme et l’article 32-3 de la Constitution haïtienne garantissent le droit à une éducation gratuite et obligatoire. Pourtant, l’organisation accuse les autorités de privilégier la conservation du pouvoir plutôt que des politiques publiques efficaces pour rétablir la sécurité scolaire.

Elle déplore également que les promesses gouvernementales, comme les 3 milliards de gourdes d’aide annoncés, restent sans effet, et que le Programme national de cantines scolaires (PNCS) n’ait fourni aucun repas aux écoles de l’Ouest depuis quatre ans.

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