Crise haïtienne : l’OEA appelle à l’unité, Washington menace les « politiciens criminels »

Darbouze Figaro
Categories: Haïti Politique

La communauté internationale hausse le ton face à l’impasse politique en Haïti, à deux semaines de la fin prévue du mandat du Conseil présidentiel de transition (CPT). Dans des déclarations parallèles mais au ton radicalement différent, l’Organisation des États américains (OEA) et le Département d’État américain ont formulé des messages qui illustrent la gravité de la crise et la perte de patience de certains partenaires clés.

Dans un communiqué publié le 22 janvier, le Secrétariat général de l’OEA a adopté un langage diplomatique mais ferme. Tout en rappelant que le mandat du CPT prend fin « le 7 février 2026, conformément aux dispositions de l’Accord du 3 avril 2024 », l’organisation a appelé à l’unité et à la responsabilité des acteurs haïtiens. Elle a souligné que tout futur arrangement de gouvernance « gagnerait à être clairement défini et limité dans le temps », et doit prioriser le rétablissement de la sécurité et l’organisation d’élections.

« Haïti se trouve à un moment critique de son histoire », a insisté l’OEA, plaidant pour la « préservation de la stabilité, du dialogue et de la continuité institutionnelle ».

Le ton employé par les États-Unis, via le Bureau pour les Affaires de l’hémisphère occidental, a été nettement plus direct et accusateur. Washington a réaffirmé son « soutien indéfectible à la stabilité et à la sécurité d’Haïti », mais en posant des conditions claires et en désignant des responsables.

Le Département d’État est allé bien au-delà des critiques habituelles sur l’instabilité. Il a considéré comme « illégale » une récente annonce du CPT – une allusion aux manœuvres visant à démettre le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé – et a affirmé que le maintien de ce dernier à la tête du gouvernement était  « essentiel » pour la lutte contre les gangs.

Le cœur de la déclaration américaine est une condamnation sans ambiguïté de l’élite politique haïtienne : « L’instabilité chronique en Haïti ne résulte d’aucune déficience du caractère, de la culture ou de la Constitution haïtienne. Elle est imputable à des responsables politiques haïtiens corrompus qui utilisent des gangs et d’autres groupes armés pour semer le chaos. »

Les autorités américaines ont clairement établi un lien entre certains acteurs politiques et la violence, avertissant : « Aux politiciens corrompus qui soutiennent des gangs violents […] les États-Unis veilleront à ce qu’ils en paient le prix fort. » Plus grave encore, elles ont assimilé certains membres du CPT à des criminels :  » Les membres du CPT qui ont suivi cette voie ne sont pas des patriotes haïtiens. Ce sont des criminels, à l’instar des gangs avec lesquels ils complotent. »

Ces déclarations interviennent alors que le CPT est en pleine déliquescence, miné par des divisions internes et des désaveux publics de la part des partis qui y sont représentés, comme Fanmi Lavalas et le Compromis historique. L’appel de l’OEA au dialogue et l’exigence américaine d’un « leadership fort et cohérent » semblent se heurter à une réalité d’éclatement et de défiance généralisée.

L’échéance du 7 février s’approche ainsi dans un climat de tension extrême, où les pressions internationales se mêlent aux fractures nationales.

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