Crise haïtienne : Des forces politiques rejettent le « pacte national illégitime » et appellent à une refondation républicaine

Darbouze Figaro
Categories: Haïti Politique

Alors que le paysage politique haïtien est déjà fragilisé par des années de crises, une large coalition d’acteurs politiques et citoyens a publié, le 2 mars 2026, une déclaration conjointe dénonçant la gestion actuelle de la transition et le « Pseudo Pacte National pour la stabilité et l’organisation des élections ».

Au-delà de la simple protestation, ce texte de quatre pages transmis à la rédaction, pose un diagnostic sévère sur l’état des institutions et propose une feuille de route alternative. Il met en lumière les profondes divisions qui traversent la classe politique et interroge sur la légitimité des processus en cours, alors que le pays à respecter les échéances électorales depuis 2021.

Les signataires, qui se réclament des « principes républicains et de la souveraineté nationale », dressent un bilan accablant des quinze derniers mois de gouvernance sous la direction de M. Alix Didier Fils Aimé. « Le pays ne connaît ni amélioration sécuritaire significative ni stabilisation institutionnelle durable », peut-on lire. L’État, selon eux, n’a pas réussi à restaurer son monopole de la violence légitime, laissant de vastes portions du territoire aux mains des groupes criminels.

Mais le cœur de leur contestation est juridique et politique. Ils rappellent avec insistance que M. Fils Aimé a été « formellement révoqué par une majorité qualifiée du Conseil Présidentiel de Transition ». En maintenant son autorité et en continuant à gouverner, il placerait le pays dans une zone grise, en dehors du « principe de légalité ». C’est sur cette base qu’ils dénoncent avec la plus grande vigueur la signature d’un contrat avec la société Evergreen Trading System Limited. D’un montant supérieur à 500 millions de dollars américains, ce programme de sécurisation des frontières est perçu comme un acte de gouvernance illégitime. « Sans transparence ni base institutionnelle légale et légitime clairement établie », ce contrat soulève, selon eux, des interrogations majeures sur la préservation de la souveraineté nationale et la qualité des décideurs impliqués.

Le « Pacte National » : un remède pire que le mal ?

C’est dans ce contexte d’illégitimité que s’inscrit le « Pacte National pour la stabilité et l’organisation des élections ». Loin d’être perçu comme une solution, il est analysé par les signataires comme un facteur supplémentaire d’instabilité. Ils y voient un « arrangement politique circonstanciel et limité », conclu entre « des acteurs fragilisés en quête de repositionnement ».

Ces acteurs seraient précisément ceux qui, par le passé, ont été « à l’origine des échecs successifs que le pays enregistre ces dernières années : transitions avortées, accords non respectés, institutions affaiblies ». En d’autres termes, la déclaration conjointe accuse une certaine classe politique de vouloir recycler ses pratiques et ses hommes, incapables de sortir le pays de l’ornière. Elle rejette également l’idée d’un exécutif monocéphale, arguant que les exemples du passé démontrent qu’un Premier ministre seul ne peut conduire la nation vers des élections crédibles.

Aussi, le problème de la tenue d’élections futures est au cœur des préoccupations. Les signataires soulèvent un point crucial : le conflit d’intérêts potentiel de M. Fils Aimé. Ils affirment que ce dernier avait déjà présenté son propre candidat à la présidence avant même l’échéance du 7 février et que plusieurs membres de son cabinet seraient également candidats. Comment, dans ces conditions, un Premier ministre contesté pourrait-il garantir un scrutin « libre, équitable et transparent » ? Cette situation, selon eux, compromet irrémédiablement les conditions d’impartialité nécessaires.

Une réorientation souverainiste des relations internationales

La déclaration ne se limite pas aux aspects internes. Elle adresse un message clair aux partenaires internationaux d’Haïti. Les signataires appellent à une « renégociation lucide et équilibrée » des relations internationales. Avec une fierté légitime, ils rappellent la place unique d’Haïti dans l’histoire en tant que « première République noire indépendante, issue d’une révolution antiesclavagiste ».

Ce rappel historique n’est pas anodin. Il sert de fondement à une exigence de respect et de dignité. Haïti, affirment-ils, « ne peut être réduite à un espace d’expérimentation géopolitique ». Les partenariats futurs doivent reposer sur la « coopération équitable, la coresponsabilité et la non-ingérence ». C’est une fin de non-recevoir à toute forme de tutelle déguisée et un appel à traiter Haïti en partenaire souverain, et non comme un territoire sous tutelle.

Face à l’impasse, les signataires proposent une alternative en six points : une solution haïtienne durable, un exécutif bicéphale équilibré, un accord politique inclusif, le respect des principes républicains, des élections crédibles après stabilisation sécuritaire, et des partenariats internationaux respectueux.

La déclaration conjointe se termine par un avertissement solennel : « La stabilité durable ne viendra ni de pactes imposés, ni d’alliances opportunistes, ni de manœuvres autoritaires ou dictatoriales, mais d’un sursaut national. »

Parmi les structures politiques signataires figurent : Debout Citoyen pour le rapatriement de la souveraineté nationale, Consensus politique pour le redressement national de la transition, l’Assemblée des signataires de l’Accord Montana, Consensus National Inclusif, Congres national de Ouanaminthe, RANFOR, Forum haïtien pour la paix et le développement ainsi que la Plateforme d’organisations de la diaspora.

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