Charlotte : une vaste opération fédérale conduit à l’arrestation d’au moins 81 personnes en quelques heures

CTN News

Les autorités fédérales ont lancé samedi à Charlotte, en Caroline du Nord, une vaste opération de répression de l’immigration ayant conduit à l’arrestation d’au moins 81 personnes en quelques heures, selon l’agence Reuters.

Cette nouvelle offensive s’inscrit dans la politique de renvoi massif des migrants défendue par le président Donald Trump, qui fait de l’application stricte des lois migratoires un pilier de son agenda intérieur.

Des agents de la Border Patrol, habituellement chargés de surveiller les frontières terrestres, ont été déployés dans la région métropolitaine de Charlotte pour cette opération ciblée. L’assaut a duré environ cinq heures. Sur les réseaux sociaux, Gregory Bovino, haut responsable de la U.S. Border Patrol, a affirmé que nombreuses des personnes interpellées présentaient des antécédents sérieux.

Selon ce commandant, qui a piloté des opérations similaires à Los Angeles et Chicago avant d’être envoyé cette semaine à Charlotte, de nombreux migrants arrêtés ont « un passé criminel et migratoire significatif ». Sans fournir de chiffres détaillés, Bovino a présenté ces arrestations comme une priorité pour la sécurité publique, tout en justifiant l’intervention fédérale dans cette ville du Sud dirigée par des élus démocrates.

Ni la Border Patrol ni l’agence de l’Immigration et des Douanes (ICE) n’ont réagi dimanche, selon Reuters. Le département de la Sécurité intérieure (DHS), qui supervise ces deux agences, est resté silencieux. Cette absence de déclaration officielle alimente les inquiétudes des défenseurs des droits des migrants, qui dénoncent depuis longtemps le manque de transparence autour de telles opérations.

Une stratégie d’amplification des rafles

Depuis l’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche, la stratégie de son administration est claire : multiplier les rafles et les expulsions, y compris dans de grandes villes dirigées par des démocrates, présentées comme insuffisamment coopératives avec les autorités fédérales. Les opérations visent aussi les zones rurales conservatrices, permettant à l’exécutif de se prévaloir d’une approche « équitable » sur l’ensemble du territoire.

Ces opérations ont cependant un coût social et politique. À chaque vague d’arrestations, des milliers de personnes descendent dans la rue pour protester contre ce qu’elles considèrent comme une criminalisation systématique des communautés immigrées. Là où les agents fédéraux interviennent, des habitants se regroupent, filment et confrontent les forces de l’ordre pour tenter d’empêcher les interpellations.

Les organisations de défense des droits des migrants accusent l’administration Trump d’aller bien au-delà de la lutte contre l’immigration irrégulière. Elles affirment que les rafles conduisent à l’arrestation de personnes en situation régulière ou de citoyens américains, faute de vérifications adéquates. Selon ces groupes, certains individus sont détenus plusieurs heures, voire plusieurs jours, sans fondement légal solide, avant d’être relâchés. Ils dénoncent une politique de dissuasion et de peur visant l’ensemble des communautés immigrées, régulières ou non.

Le conflit autour des « detainers »

Le DHS justifie l’opération de Charlotte par le refus persistant des autorités locales de coopérer. Samedi, des responsables du ministère ont expliqué que ces raids répondent au refus de la ville et du comté de Mecklenburg de honorer près de 1 400 demandes de « detainer ». Ces avis, émis par les autorités migratoires, demandent aux prisons locales de maintenir en détention jusqu’à 48 heures après la date normale de sortie les personnes soupçonnées d’être expulsables.

La maire de Charlotte, Vi Lyles, élue démocrate, s’oppose à cette pratique, l’estimant incompatible avec les libertés individuelles. Elle considère qu’elle place la police locale dans le rôle d’auxiliaire de l’immigration fédérale et mine la confiance entre les forces de l’ordre et les communautés immigrées. Avec les commissaires du comté, elle a appelé les habitants à demander de l’aide en cas de doute auprès du Charlotte-Mecklenburg Police Department (CMPD), qui ne participe pas aux opérations de la Border Patrol et de l’ICE.

Pour la maire et ses alliés, le refus systématique des « detainers » n’est pas un soutien à l’irrégularité, mais une mesure de protection des libertés individuelles, notamment pour les personnes arrêtées pour des infractions mineures ou devant être libérées à l’issue d’une procédure pénale. Les élus locaux craignent également que les victimes ou témoins de crimes n’hésitent à se tourner vers la police par peur d’une arrestation par les services d’immigration.

À Charlotte, comme dans d’autres grandes villes américaines, le conflit entre l’administration Trump et les autorités locales autour de la coopération policière demeure entier. L’opération de ce week-end, qui a conduit à l’arrestation d’au moins 81 personnes en quelques heures, illustre la détermination du gouvernement fédéral à poursuivre sa politique de raids malgré les protestations d’élus, d’organisations et de défenseurs d’une approche plus protectrice des droits des migrants.

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