Canada : le revirement migratoire laisse des milliers d’immigrants dans l’incertitude

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Par CTN News
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Le Programme de l’expérience québécoise (PEQ) aboli, brisant les espoirs de nombreux travailleurs qualifiés.

Long considéré comme l’un des pays les plus ouverts à l’immigration, le Canada adopte désormais une approche plus restrictive.
La suppression du Programme de l’expérience québécoise (PEQ) et la réduction des seuils d’admission témoignent d’un durcissement des politiques migratoires, tant au Québec qu’au niveau fédéral.
Ce changement s’inscrit dans un contexte de pressions croissantes sur le logement, les services publics et les infrastructures, ainsi que d’évolution rapide de l’opinion publique. Il rompt avec des décennies de consensus politique en faveur d’une immigration soutenue, considérée comme essentielle à la croissance économique et démographique du pays., selon l’AFP.

La fin d’un programme emblématique au Québec

La décision du gouvernement du Québec de mettre fin au PEQ a surpris de nombreux travailleurs qualifiés et étudiants étrangers déjà intégrés au marché du travail. Ce programme offrait un accès accéléré à la résidence permanente pour ceux ayant acquis une expérience professionnelle ou un diplôme au Québec.
Cette suppression reflète un changement de philosophie : l’immigration temporaire n’est plus considérée comme un tremplin vers l’installation permanente. Les autorités privilégient désormais une gestion plus restrictive et sélective, rompant avec un système qui encourageait l’investissement durable des migrants dans la province.
Selon plusieurs experts, cette décision réduit la prévisibilité du système et envoie un signal contradictoire aux travailleurs recrutés pour répondre aux besoins de main-d’œuvre.

Une réduction générale des niveaux d’immigration

Au niveau fédéral, le gouvernement libéral de Mark Carney poursuit la politique initiée par Justin Trudeau, reconnaissant que le Canada a accueilli un nombre trop élevé de nouveaux arrivants après la pandémie de COVID-19.
Le budget récemment adopté confirme ce changement : Ottawa prévoit d’accueillir 380 000 nouveaux résidents permanents en 2026, contre 395 000 en 2025, soit une baisse notable par rapport au seuil de 500 000 fixé en 2024.
La réduction est encore plus importante pour les résidents temporaires. Le nombre de nouveaux permis devrait passer à 385 000 en 2026, contre 673 650 cette année, soit près de la moitié. Les visas d’étudiants étrangers sont également fortement réduits, ce qui aura des conséquences économiques significatives pour les universités et les économies locales.ct démographique déjà visible
Ces nouvelles orientations ont déjà des effets mesurables. L’agence nationale de la statistique a annoncé une baisse de 0,2 % de la population canadienne au troisième trimestre de 2025, pour atteindre 41,57 millions d’habitants. Il s’agit de la première diminution démographique depuis 2020, principalement due au départ massif d’étudiants étrangers.
Cette contraction soulève un paradoxe : alors que le Canada fait face à un vieillissement rapide de sa population et à des pénuries de main-d’œuvre, il restreint l’accès à des migrants qui contribuaient directement à l’économie.

Un consensus politique et social en mutation

Pour Catherine XardeSelon Catherine Xardez, experte en immigration à l’Université de Montréal, ces décisions marquent la fin d’un « exceptionnalisme canadien » longtemps cité en exemple.St clairement effrité », observe-t-elle, soulignant que le système canadien avait été conçu pour une immigration permanente, et non pour l’afflux massif de résidents temporaires observé ces dernières années.
Cette transformation est également influencée par l’évolution rapide de l’opinion publique. Selon l’Environics Institute, 56 % des Canadiens estiment aujourd’hui que le pays accueille trop de migrants, contre 27 % en 2022. Ce changement important a un impact significatif sur les décisions politiques.

Des valeurs toujours présentes, mais instrumentalisées

Malgré ce durcissement, plusieurs organisations de défense des migrants contestent l’idée d’un rejet généralisé de l’immigration au sein de la société canadienne.
Gauri Sreenivasan, codirectrice exécutive du Conseil canadien pour les réfugiés, affirme qu’ »il n’y a eu aucun changement fondamental dans les valeurs canadiennes », historiquement favorables à l’accueil des immigrants. Elle critique cependant l’utilisation politique d’un climat mondial anxiogène, où les nouveaux arrivants sont tenus responsables de problèmes structurels comme la crise du logement ou la saturation des systèmes de santé, a rapporté l’AFP.
Elle rappelle que la croissance future du Canada dépend largement de l’immigration et met en garde contre la normalisation de discours qu’elle qualifie de « toxiques et xénophobes ». Un modèle à réinventer
Le défi pour le Canada est désormais de concilier les préoccupations légitimes de la population avec les besoins économiques et démographiques liés à l’immigration. Le durcissement actuel soulève la question de la cohérence des politiques, notamment envers les migrants déjà présents, formés et employés.
En redéfinissant ses priorités migratoires, le pays risque de réduire son attractivité internationale et de s’éloigner d’un modèle qui a longtemps soutenu sa prospérité. Il reste à déterminer si cette transition aboutira à un système plus équilibré ou marquera un recul durable du rôle du Canada comme terre d’accueil.
D’après un reportage de Daphné Lemelin, Agence France-Presse (AFP).
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