Alors que les opérations migratoires du gouvernement fédéral se multiplient dans les grandes métropoles dirigées par des élus démocrates, Charlotte, en Caroline du Nord, apparaît comme la prochaine cible d’un dispositif sécuritaire de grande ampleur. Après Los Angeles, Chicago et même Washington, la ville se trouve au centre d’une inquiétude croissante parmi les responsables locaux, les organisations communautaires et les familles immigrées.
Selon des informations rapportées par PBS NewsHour et issues d’une dépêche de l’Associated Press, le shérif du comté de Mecklenburg, Garry McFadden, a été informé par deux responsables fédéraux que des agents de l’U.S. Customs and Border Protection (CBP) pourraient être déployés à Charlotte dès ce week-end. Le shérif souligne que son bureau n’a reçu aucun plan détaillé ni demande d’assistance . Les autorités fédérales, quant à elles, refusent de confirmer l’opération : une porte-parole du Department of Homeland Security a rappelé que le DHS « applique quotidiennement les lois du pays » et ne commente pas les actions à venir.
Une stratégie assumée par Donald Trump : frapper les grandes villes démocrates
D’après les médias américains, ces opérations s’inscrivent dans une stratégie revendiquée par le président Donald Trump, qui justifie l’envoi de centaines d’agents fédéraux dans les « bastions démocrates » pour lutter contre la criminalité et accélérer les expulsions de masse. Los Angeles, Chicago et Washington ont déjà fait l’objet de déploiements impressionnants depuis septembre.
À Chicago, les opérations dites « Midway Blitz », évoquées par PBS NewsHour, ont débuté par des arrestations ciblées menées par l’Immigration and Customs Enforcement, avant d’être étendues à un contingent important d’agents du CBP. Les méthodes ont rapidement été jugées agressives par des responsables locaux. Plus de trois mille deux cents personnes suspectées de violations migratoires auraient été arrêtées dans la région, d’après les chiffres communiqués par les autorités fédérales.
À Los Angeles, selon l’AP, ces interventions ont également été supervisées par Gregory Bovino, chef de la Border Patrol, connu pour avoir dirigé plusieurs phases du dispositif national de répression migratoire. Les élus locaux avaient dénoncé des pratiques « disproportionnées » en milieu urbain et une absence totale de coordination avec les autorités municipales.
Même Washington, siège du gouvernement fédéral, a été la cible de descentes d’agents – un événement rarissime qui a été interprété par plusieurs analystes comme un signal politique fort à destination des États dirigés par des démocrates.
Charlotte redoute une répétition du scénario de Chicago
L’annonce d’un déploiement potentiel à Charlotte a immédiatement déclenché une mobilisation intense. Des ONG, des leaders religieux et des élus ont commencé à organiser des réunions d’information et des chaînes de solidarité. Une session virtuelle regroupant près de cinq cents personnes s’est tenue mercredi, selon PBS NewsHour, afin d’offrir des conseils juridiques, d’échanger des ressources et de préparer les familles concernées.
« Le but était de créer un réseau d’entraide solide », a expliqué JD Mazuera Arias, conseiller municipal élu, dans des propos relayés par PBS NewsHour. Le directeur de CharlotteEAST, Greg Asciutto, a insisté sur la nécessité d’aider les habitants à comprendre où trouver du soutien : « Il faut que le plus grand nombre sache vers qui se tourner, que ce soit pour se porter volontaire, faire un don ou obtenir une aide urgente. »
La police municipale, de son côté, a tenu à clarifier son rôle : elle rappelle qu’elle n’a aucune compétence en matière d’application des lois fédérales d’immigration et qu’elle ne participe pas aux opérations planifiées par Washington.
Pour les élus locaux, les signaux d’alerte sont déjà visibles. Certains affirment avoir reçu des informations faisant état de personnes en civil, potentiellement des agents fédéraux, circulant dans plusieurs quartiers. « C’est ce même climat de confusion que nous avons observé à Chicago », souligne le sénateur de l’État Caleb Theodros, cité par l’AP.
Une ville où vivent plus de 150 000 personnes nées à l’étranger
Dans une déclaration commune relayée par les médias américains, plusieurs responsables élus de Charlotte et de Caroline du Nord ont tenu à rappeler la contribution essentielle des immigrés dans la région : « Plus de cent cinquante mille résidents nés à l’étranger vivent dans notre ville. Ils apportent des milliards à notre économie et enrichissent chaque quartier par leur culture, leur travail et leur espérance. Nous resterons unis pour que la peur ne divise jamais la communauté que nous partageons. »
Formations, lignes d’assistance et plans de protestation
Le Carolina Migrant Network et le groupe Indivisible Charlotte prévoient d’organiser dès vendredi une formation destinée aux bénévoles. « Nous expliquons comment reconnaître de véritables agents de l’ICE et quels sont les droits des résidents », a indiqué Tony Siracusa, porte-parole d’Indivisible Charlotte, dans des propos rapportés par PBS NewsHour. Le groupe discute aussi de la possibilité de mener des « manifestations éclairs », tout en évitant toute confrontation directe avec les forces fédérales.
Alors que d’autres villes démocrates ont déjà subi l’impact de cette stratégie nationale, Charlotte se prépare à entrer à son tour dans un cycle d’incertitude. Entre la fermeté affichée par Washington et la mobilisation des réseaux communautaires, la ville tente de se préparer à une opération dont les contours restent volontairement flous.


