L’administration Trump triple la prime d’auto-expulsion : 3 000 dollars pour quitter les États-Unis avant 2026

Emmanuel Paul
Par
Emmanuel Paul
Journalist/ Storyteller
Emmanuel Paul est un journaliste chevronné et un conteur accompli, animé par un engagement profond envers la vérité, la communauté et l’impact social. Il est le...
"In this image taken from video shared with OPB, Portland-area chiropractor Mahdi Khanbabazadeh is detained by federal immigration officials near his child's Montessori school in Beaverton on July 15, 2025."
L’administration Trump intensifie sa campagne pour encourager les départs volontaires en offrant un « cadeau de Noël » aux personnes en situation irrégulière. Une mesure controversée qui s’inscrit dans une politique migratoire de plus en plus agressive.
Le département de la Sécurité intérieure des États-Unis (DHS) a annoncé lundi le triplement de sa prime incitative pour les personnes en situation irrégulière qui acceptent de quitter volontairement le territoire américain. Cette « prime de sortie », comme la qualifie l’administration, passe ainsi de 1 000 à 3 000 dollars pour toute personne s’inscrivant au programme de départ volontaire et quittant le pays avant le 31 décembre 2025, rapporte USA Today.
La secrétaire à la Sécurité intérieure, Kristi Noem, a présenté cette mesure comme un geste de générosité des contribuables américains en cette période des fêtes. « Durant la saison de Noël, le contribuable américain triple généreusement l’incitation au départ volontaire pour ceux qui se trouvent illégalement dans ce pays », a-t-elle déclaré dans un communiqué officiel.
Derrière l’apparente générosité de l’offre se cache un avertissement sans équivoque. « Les étrangers en situation irrégulière devraient profiter de ce cadeau et partir d’eux-mêmes, car s’ils ne le font pas, nous les trouverons, nous les arrêterons, et ils ne reviendront jamais », a ajouté Mme Noem dans des termes qui ne laissent aucune place à l’ambiguïté.
Cette distinction entre départ volontaire et expulsion forcée n’est pas anodine. Les personnes expulsées par les autorités se voient interdire un retour définitif aux États-Unis. En revanche, celles qui partent volontairement conservent théoriquement la possibilité de revenir un jour par les voies légales, explique le Département à la Sécurité Intérieure.

Un calcul économique assumé

L’administration Trump justifie cette mesure par des considérations budgétaires.
Selon les responsables du DHS cités par USA Today, le coût moyen d’une arrestation, d’une détention et d’une expulsion s’élève à 17 121 dollars par personne. Même en incluant le billet d’avion gratuit et la prime de 3 000 dollars, le programme de départ volontaire permettrait de réduire ces coûts d’environ 70 %, selon les estimations officielles.
Pour bénéficier de cette offre, les personnes concernées doivent s’inscrire via l’application mobile CBP Home, développée par les services des douanes et de la protection des frontières. Cette plateforme, qui remplace l’application CBP One de l’ère Biden, permet aux utilisateurs de signaler leur intention de partir, puis de confirmer leur départ une fois celui-ci effectué.
Outre la prime et le billet d’avion, le programme prévoit l’annulation de certaines amendes civiles liées au séjour irrégulier et une « dépriorisation » des arrestations par l’ICE pour les participants qui démontrent des « progrès significatifs » vers leur départ, bien que les critères précis de cette protection n’aient pas été rendus publics, note CBS News.

Des chiffres contestés

Le DHS affirme que 1,9 million de personnes en situation irrégulière ont quitté volontairement les États-Unis depuis janvier 2025, dont « des dizaines de milliers » via le programme CBP Home. Ces chiffres n’ont toutefois pas pu être vérifiés de manière indépendante.
Selon des données internes obtenues par CBS News, l’administration aurait procédé à près de 150 000 expulsions au cours des six premiers mois du second mandat de Donald Trump, auxquelles s’ajouteraient 13 000 départs volontaires officiellement enregistrés — bien loin des 1,9 million avancés par le DHS.
Le « Center for Immigration Studies », un groupe de réflexion favorable à la restriction de l’immigration, a estimé de son côté une baisse de 2,2 millions de la population née à l’étranger au cours des six premiers mois de l’année, sur la base de projections tirées de l’enquête sur la population actuelle (Current Population Survey) du Bureau du recensement. Ce chiffre représenterait la plus forte diminution enregistrée en une année depuis des décennies.
Cependant, ces estimations font l’objet de vives critiques. Le Peterson Institute for International Economics a qualifié ce chiffre de 2,2 millions d' »implausiblement élevé » et « non corroboré », suggérant que la baisse des taux de réponse aux enquêtes parmi les immigrants — potentiellement méfiants envers les sondages gouvernementaux dans le contexte actuel — pourrait expliquer une partie de cette apparente diminution.

Une campagne de communication agressive

Cette annonce s’inscrit dans une stratégie de communication assumée du DHS autour des fêtes de fin d’année. L’agence a récemment diffusé des publications à thématique de Noël pour promouvoir sa politique migratoire, dont un montage vidéo de scènes de films de Noël accompagné du slogan « Noël après les expulsions massives ».
Ces messages ont été vivement critiqués par des responsables catholiques. L’archevêque Paul Coakley, président de la Conférence des évêques catholiques des États-Unis, ainsi que le réseau juridique catholique pour l’immigration (Catholic Legal Immigration Network) ont condamné ce qu’ils considèrent comme une instrumentalisation des fêtes religieuses à des fins politiques, rapporte Axios.
Le programme de départ volontaire avec incitation financière existe depuis mai 2025, mais n’avait jusqu’ici proposé qu’une prime de 1 000 dollars. Ce triplement de dernière minute vise manifestement à gonfler les statistiques de fin d’année, alors que l’administration cherche à démontrer l’efficacité de sa promesse de campagne sur les « expulsions massives ».
Selon le Washington Times, l’ICE devrait terminer l’année 2025 avec moins d’un demi-million d’expulsions formelles — un record historique, mais en deçà de l’objectif d’un million affiché par la Maison-Blanche.
Source: USA Today (Bart Jansen). Avec CBS News, Axios, Washington Times, Newsweek

Source: USA Today (Bart Jansen). Avec CBS News, Axios, Washington Times, Newsweek
Partager cet article