Antonio Guterres recommande le renouvellement du mandat du BINUH

CTN News
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C’est la recommandation phare du secrétaire général des Nations unies à l’issue de cette réunion au conseil de sécurité jeudi 16 juin au siège de l’ONU à New-York. En effet, le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres plaide pour une prolongation de 12 mois du mandat du bureau intégré des Nations unies en Haïti.
Cette recommandation est venue après que les participants à cette réunion ont à tour de rôle présenté leur inquiétude sur la situation politique, sécuritaire et sociale et politique du pays.
Intervenant devant le Conseil de sécurité pour faire le point sur la situation du pays, la représentante du secrétaire général, Helen La Lime a indiqué que l’instabilité prononcée que connaît Haïti découle en grande partie de son vide institutionnel prolongé, auquel s’ajoute l’emprise des gangs sur une grande partie de la zone métropolitaine de Port-au-Prince.

Pour le seul mois de mai, la Police nationale d’Haïti (PNH) a recensé 201 homicides volontaires et 198 enlèvements, soit une moyenne de 7 cas par jour, a-t-elle notamment alerté. Or la PNH manque de ressources humaines, matérielles et financières et ses capacités opérationnelles et logistiques limitées compromettent la mise en œuvre d’un programme global de sécurité publique, lit-on dans un communiqué du conseil consulté par la rédaction de Zoom Haiti News.
Elle plaide pour ‘’un plus grand soutien à la police nationale du pays, alertant de la détérioration rapide de la sécurité au moment où le dialogue sur les futurs arrangements de gouvernance du pays restent dans une impasse prolongée’’.
Pour sa part, le ministre des affaires étrangères haitien, Jean Victor Généus a salué les efforts des autorités pour contrecarrer les activités délictueuses des gangs. Pour s’en sortir, le chancelier haitien a jugé urgent que la PNH puisse recevoir « dans les prochains jours et non dans les prochaines semaines ou les prochains mois », un accompagnement robuste suffisant de la part des partenaires de la communauté internationale.

Jean Victor Généus fait remarquer qu’on ne peut envisager sérieusement aucune élection libre, honnête et démocratique dans un tel environnement soulignant qu’après le départ des forces internationales (MINUSTAH NDLR), les structures locales se retrouvent dans l’incapacité d’avoir les mêmes performances, parce qu’elles n’ont pas reçu la formation adéquate et ne disposent pas des mêmes moyens regrette-il.

Un point de vue partagé par le représentant de la République dominicaine José Alfonso Blanco Condé qui a rappelé que son pays avait mis en garde, il y a trois ans, contre les conséquences négatives d’une réduction de la mission onusienne en Haïti. Selon lui aujourd’hui nous sommes en face des conséquences de ‘’cette décision désastreuse’’ tout en appelant la communauté internationale à faire son « autocritique » afin de ne pas répéter les mêmes erreurs, rapporte le communiqué

Le représentant de la France, tout en plaidant pour que soit mis un terme à la violence des gangs, a suggéré d’augmenter le plafond des conseillers de police du BINUH. La France a également prôné le dialogue pour sortir de l’impasse politique en Haïti, saluant les contacts directs établis entre le Premier Ministre et l’opposition. Elle a appelé les acteurs politiques à trouver le consensus nécessaire à l’organisation d’élections lorsque les conditions seront réunies. Après avoir appelé à renforcer le soutien humanitaire, la représentante de la France a appelé de ses vœux le renouvellement pour 12 mois du mandat du BINUH, avec des ressources supplémentaires si nécessaire.
Le Brésil a estimé que le BINUH doit également être mandaté pour appuyer le contrôle des flux financiers illicites et voir son action renforcée dans les domaines du judiciaire et des droits humains. Les États-Unis, pour leur part, ont promis un appui logistique pour assurer la sécurité du pays.

Le BINUH doit être considéré comme une « lueur d’espoir » plutôt que comme une « déception de plus », a souligné la Chine qui s ‘est dit préoccupée par l’escalade de la violence des gangs en Haïti. Il a également condamné les enlèvements de membres du personnel de l’ONU sur place, appelant les autorités à garantir leur sécurité.

Le représentant de la Russie lors de cette réunion du conseil de sécurité de l’ONU, Dmitry A. Polyanskiy ‘’a dit suivre avec une inquiétude croissante l’évolution de la situation en Haïti, citant une dégradation continue au cours des quatre derniers mois de toutes les questions clefs, du règlement politique à la sécurité en passant par la situation humanitaire. Il a relevé que des divergences importantes subsistent entre les principaux acteurs du Gouvernement, de la société civile et des entreprises pour sortir de l’impasse politique.

Le représentant a regretté que l’assistance du BINUH pour l’organisation de discussions informelles entre divers groupes ne donne pas non plus d’effet tangible. Il a souhaité avoir plus de détails concernant le mandat du Bureau qui consiste à aider les Haïtiens à établir un dialogue interne.
Enfin, il a dénoncé les nombreuses années d’ingérence extérieure et l’imposition de modèles de démocratisation qui ne tiennent pas compte des spécificités des pays’’, selon un compte rendu de la réunion.
Notons que l’évaluation du mandat du BINUH a été réalisée par l’expert indépendant Mourad Wahba, à la demande du Conseil de sécurité. Dans son rapport, ‘’l’expert indépendant a conclu qu’Haïti traversait l’une des périodes les plus difficiles de son histoire, estimant que les causes profondes de l’instabilité dans le pays exigeaient avant tout des solutions politiques et qu’une mission politique spéciale des Nations Unies restait la structure la plus appropriée et la plus efficace pour relever les principaux défis se posant’’, lit-on dans le rapport du secrétaire général Antonio Guterres.
Suivant les observations de l’expert, le Binuh devrait contribuer à renforcer le soutien apporté à la police pour endiguer la violence des bandes armées, et améliorer son action auprès de tous les secteurs de la société, y compris les communautés vivant dans des zones contrôlées par des bandes organisées.
Alors que le conseil de sécurité propose un renouvellement de son mandat, le bureau intégré des nations unies en Haïti est au coeur des critiques d’abord pour avoir salué la fédération des gangs armés du G9, qui selon un rapport du secrétaire général avait fait baisser de 12% le nombre d’homicides volontaires entre le 1er juin et le 31 août.

Ensuite on reproche au BINUH son soutien sans faille au premier ministre de facto Ariel Henry qui n’est pas en mesure de solutionner le phénomène des gangs armés et faciliter la stabilité politique entre autres.

Notons que plusieurs manifestations et sit-in ont été organisés devant plusieurs ambassades et devant le siège du BINUH pour appeler le conseil de sécurité à ne pas prolonger le mandat de la mission dont la cheffe, Helen La Lime est très critiquée pour son rôle jugé partisan en faveur de l’équipe au pouvoir.

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