Deux jours après une opération militaire américaine à Caracas ayant conduit à sa capture, le président vénézuélien Nicolás Maduro a comparu lundi devant un tribunal fédéral à Manhattan. Devant le juge Alvin K. Hellerstein, il a plaidé non coupable de lourdes accusations, dont le narcotrafic et le narco-terrorisme, tout en affirmant avoir été « kidnappé » par les États-Unis et en se proclamant toujours président du Venezuela.
« Je suis innocent. Je ne suis pas coupable. Je suis un homme décent. Je suis toujours le président de mon pays », a déclaré Nicolás Maduro par l’intermédiaire d’un interprète, selon des journalistes présents à l’audience. À ses côtés, son épouse Cilia Flores, également inculpée, a elle aussi plaidé non coupable, affirmant être « complètement innocente ».
Les deux accusés portaient une tenue de détention fédérale. Mme Flores présentait un pansement au front ainsi que des traces apparentes de contusions près de l’œil droit, détail relevé par plusieurs observateurs dans la salle d’audience.
À l’issue de l’audience, un homme s’est levé dans le public pour interpeller Nicolás Maduro en espagnol, lui lançant qu’il « paierait pour ses crimes ». Le dirigeant a répliqué qu’il obtiendrait sa liberté et s’est décrit comme un « prisonnier de guerre ».
Son avocat, Me Barry Pollack, a indiqué au tribunal que la défense entendait contester la légalité même de l’arrestation de son client, évoquant une possible « enlèvement militaire » mené hors de tout cadre judiciaire international. Le procès, s’il a lieu, ne devrait pas se tenir avant plus d’un an.
Cette comparution marque l’aboutissement judiciaire d’une campagne de plusieurs mois menée par l’administration Trump pour écarter Nicolás Maduro du pouvoir. Washington accuse depuis longtemps l’ancien chef de l’État vénézuélien d’avoir transformé le pays en plateforme du trafic de cocaïne à destination des États-Unis.
Caracas dénonce un retour à l’ »impérialisme »
À Caracas, la réaction ne s’est pas fait attendre.
Lors d’une séance de l’Assemblée nationale vénézuélienne, Nicolás Maduro Guerra, fils de l’ancien président et lui-même visé par l’acte d’accusation américain, a dénoncé ce qu’il a qualifié d’ » enlèvement » de son père et de sa belle-mère par les États-Unis.
« Le monde est confronté à une dangereuse régression vers l’impérialisme », a-t-il déclaré, appelant les « peuples du monde » à faire preuve de solidarité avec sa famille et avec le Venezuela. Il a également réaffirmé son soutien à la dirigeante par intérim, Delcy Rodríguez, ancienne vice-présidente de Nicolás Maduro.
Mme Rodríguez a proposé dimanche soir de travailler avec Washington « sur un agenda de coopération », tout en faisant face à une ligne dure affichée par le président américain Donald Trump, qui affirme que les États-Unis sont désormais « aux commandes » de la situation au Venezuela.
Les déclarations de Donald Trump ont rapidement dépassé le seul cas vénézuélien. Le président américain a laissé entendre que des actions similaires pourraient viser d’autres pays, dont la Colombie, le Mexique et même le Groenland, territoire semi-autonome du Danemark. Interrogé sur une éventuelle opération contre la Colombie, il a répondu : « Ça me paraît une bonne idée. »
Ces propos ont suscité des réactions contrastées. Le président colombien a averti qu’une tentative de détention déclencherait une colère populaire massive. La Première ministre danoise a exhorté Donald Trump à « cesser les menaces ». À l’inverse, la présidente mexicaine Claudia Sheinbaum a minimisé la portée des déclarations américaines, estimant qu’il s’agissait du « style habituel » du président américain.
Le Conseil de sécurité saisi, le pétrole au cœur des enjeux
Face à l’ampleur de la crise, le Conseil de sécurité des Nations unies a convoqué une réunion d’urgence. L’ambassadeur américain à l’ONU, Mike Waltz, y a affirmé qu’il n’existait « aucune guerre contre le Venezuela ou son peuple », rejetant les accusations de déstabilisation régionale formulées par plusieurs États membres.
Parallèlement, la question pétrolière reste centrale. Selon des données maritimes citées par la presse américaine, au moins seize pétroliers visés par des sanctions auraient tenté ces derniers jours de contourner le blocus naval américain sur les exportations énergétiques vénézuéliennes, notamment en masquant leur position réelle. Donald Trump a clairement exprimé sa volonté d’ouvrir les immenses réserves pétrolières du pays aux compagnies américaines, un objectif qui pourrait toutefois s’avérer politiquement et financièrement coûteux.
Sur le plan intérieur américain, des élus démocrates ont dénoncé l’absence de consultation préalable du Congrès concernant l’opération militaire. L’administration Trump a annoncé qu’un briefing confidentiel serait organisé pour les dirigeants parlementaires.
Alors que Nicolás Maduro et son épouse entament une longue bataille judiciaire aux États-Unis, la situation au Venezuela demeure extrêmement instable. Entre accusations pénales inédites contre un ancien chef d’État, intervention militaire étrangère et rivalités géopolitiques autour du pétrole, la crise vénézuélienne s’inscrit désormais au cœur des tensions internationales.
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Source: The New York Times



