La mairesse de Miami, Eileen Higgins, a vivement interpellé le président Donald Trump samedi, exigeant le rétablissement immédiat du statut de protection temporaire (TPS) pour les Vénézuéliens présents sur le sol américain.
Eileen Higgins, première démocrate à diriger la ville en trois décennies, qualifie la décision de l’administration Trump de « reckless, dangereuse et injuste », tandis que Kristi Noem maintient que les Vénézuéliens « peuvent rentrer chez eux ».
Cette prise de position intervient au lendemain de l’opération militaire américaine qui a conduit à la capture du président vénézuélien Nicolás Maduro, plongeant le pays sud-américain dans une incertitude politique sans précédent.
Dans un communiqué publié samedi, la mairesse Higgins n’a pas mâché ses mots, qualifiant la décision de l’administration Trump de mettre fin au TPS pour les Vénézuéliens début 2025 de » reckless, dangereuse et injuste ».
« L’instabilité qui se déroule au Venezuela aujourd’hui rend encore plus évident que le pays reste dangereux pour un retour. Personne ne devrait être contraint de retourner dans le chaos et l’incertitude », a écrit Higgins.
La mairesse a souligné l’enracinement de la communauté vénézuélienne dans sa ville : « Ils ont construit leur vie ici, contribué à notre communauté et méritent la sécurité de pouvoir rester pendant que leur patrie retrouve sa stabilité. Ce n’est pas seulement une question de politique — c’est une question de dignité humaine fondamentale et de sécurité. »
Miami, capitale de l’exil vénézuélien
Cette prise de position de la mairesse Higgins revêt une importance particulière compte tenu de la démographie de sa ville. Miami abrite l’une des plus importantes communautés d’expatriés vénézuéliens aux États-Unis.
Eileen Higgins, assermentée le mois dernier, est devenue la première démocrate à diriger la ville en près de trois décennies, ce qui confère à ses déclarations une dimension politique supplémentaire dans le contexte actuel.
Interrogée sur la déclaration de la mairesse Higgins, la secrétaire à la Sécurité intérieure, Kristi Noem, a défendu la position de l’administration, affirmant dimanche que les décisions sont prises en collaboration avec le département d’État et la Maison-Blanche.
« Chaque individu qui était sous TPS a la possibilité de demander le statut de réfugié et cette évaluation sera menée à bien, mais nous devons nous assurer que nos programmes ont réellement un sens et que nous respectons la loi », a déclaré Noem lors d’une interview sur Fox News.
Le ministère de la Sécurité intérieure a ensuite enfoncé le clou dans une publication sur les réseaux sociaux dimanche : « La secrétaire Noem a mis fin au statut de protection temporaire pour plus de 500 000 Vénézuéliens et maintenant, ils peuvent rentrer chez eux, dans un pays qu’ils aiment. »
Cette déclaration a suscité l’indignation de nombreux défenseurs des droits des immigrants, qui soulignent l’ironie de suggérer un retour dans un pays que les États-Unis viennent de bombarder et dont ils ont capturé le président.
Une bataille juridique jusqu’à la Cour suprême
La fin du TPS pour les Vénézuéliens a fait l’objet d’une longue bataille juridique qui s’est conclue devant la plus haute juridiction du pays.
En mai dernier, la Cour suprême des États-Unis a autorisé l’administration Trump à retirer temporairement les protections légales à plus de 350 000 Vénézuéliens vivant aux États-Unis sous le régime du TPS.
Ce statut protège contre les expulsions et fournit des permis de travail aux personnes affectées par des guerres, des catastrophes naturelles ou d’autres circonstances exceptionnelles.
En octobre, la haute cour a accédé à la demande de l’administration de suspendre une ordonnance d’un tribunal inférieur qui bloquait la fin des protections TPS pour les Vénézuéliens, permettant ainsi à l’administration d’aller de l’avant avec la révocation du statut.
Les chiffres témoignent de l’ampleur de la crise vénézuélienne. Selon l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), au moins 7,9 millions de personnes ont fui la crise humanitaire au Venezuela, faisant de cet exode l’un des plus importants de l’histoire récente des Amériques.
Pour ces millions de déplacés, dont plusieurs centaines de milliers se trouvent aux États-Unis, l’incertitude demeure totale. D’un côté, l’administration Trump affirme qu’ils peuvent désormais » rentrer chez eux ». De l’autre, le pays qu’ils ont fui vient d’être bombardé par les États-Unis et se trouve sous une forme d’occupation américaine temporaire, selon les propres termes du président Trump.
La mairesse Higgins et d’autres élus démocrates continueront vraisemblablement à faire pression pour un rétablissement du TPS, mais leurs chances de succès semblent minces face à une administration déterminée à maintenir sa ligne dure en matière d’immigration.



