Un ressortissant haïtien de 41 ans, détenu dans un centre d’immigration du New Jersey, est décédé le 12 décembre à l’hôpital universitaire de Newark, moins de 24 heures après son arrestation par les services fédéraux d’immigration.
Jean Wilson Brutus devient ainsi la première personne à mourir au centre de détention de Delaney Hall depuis sa réouverture au printemps dernier.
Selon un communiqué publié jeudi soir par l’agence américaine de l’immigration et des douanes (ICE), M. Brutus « a subi une urgence médicale » alors qu’il se trouvait au centre de détention.
Les services médicaux d’urgence ont été appelés sur les lieux et ont tenté des manœuvres de réanimation avant de le transporter à l’hôpital, où son décès a été constaté le lendemain. L’agence attribue la mort à des « causes naturelles présumées ».
Le communiqué de l’ICE précise que M. Brutus « ne présentait aucun signe de détresse lors de son admission et n’avait pas d’antécédents médicaux de problèmes cardiovasculaires ».
Un délai d’annonce qui soulève des questions
La mort de M. Brutus n’a été rendue publique qu’une semaine après les faits, un délai qui suscite l’indignation des organisations de défense des droits des personnes en situation irrégulière.
Selon les procédures internes de l’ICE, l’agence doit informer le public « de manière opportune, précise et appropriée » en publiant un avis sur son site officiel dans les deux jours ouvrables suivant un décès en détention.
Kathy O’Leary, militante de l’organisation Pax Christi qui organise des veillées quotidiennes devant le centre, affirme avoir été témoin de l’arrivée de l’ambulance le soir du 11 décembre. Elle rapporte avoir entendu des discussions sur les talkies-walkies des gardiens concernant un homme victime d’une crise. Selon son témoignage, repris par le New Jersey Monitor, l’ambulance aurait été retardée à la sortie du centre pendant que les employés donnaient la priorité à un fourgon amenant de nouveaux détenus.
« Il y a beaucoup de questions auxquelles nous avons besoin de réponses », a-t-elle déclaré. « Était-il sous traitement qu’il ne recevait pas ? Ne lui a-t-on pas donné les bons médicaments ? C’est quelque chose que nous entendons fréquemment. »
Un parcours marqué par des arrestations répétées
Dans son communiqué, l’ICE retrace en détail le parcours judiciaire de M. Brutus.
L’agence indique qu’il était entré aux États-Unis le 20 juin 2023 au point d’entrée de Hidalgo, au Texas, et avait été admis dans le pays en attente de procédures d’immigration.
Entre juillet et octobre 2024, la police d’Elizabeth, au New Jersey, l’avait arrêté à trois reprises pour intrusion criminelle, le relâchant à chaque fois dans la communauté. Une quatrième arrestation pour le même motif avait eu lieu le 19 novembre 2025. Ce jour-là, les agents de l’ICE avaient déposé un avis de détention auprès de la prison du comté d’Union, mais M. Brutus avait été libéré sans que l’agence en soit informée, selon le communiqué.
Le 28 novembre, il avait de nouveau été arrêté pour deux chefs d’accusation de méfait criminel – dommages à la propriété – et libéré malgré l’avis de détention de l’ICE. L’agence l’a finalement appréhendé le 11 décembre et transféré au centre de Delaney Hall.
Il n’a pas été établi si M. Brutus avait été condamné pour l’une de ces accusations.
Des élus réclament des comptes
Le sénateur démocrate Cory Booker, résident de Newark et membre de la commission judiciaire du Sénat, s’est dit « profondément préoccupé » par ce décès. « Il doit y avoir un compte rendu clair de ce qui s’est passé dans cette tragédie, et Delaney Hall doit être fermé pour que cette tache soit retirée de notre communauté de Newark », a-t-il déclaré dans un communiqué.
La représentante LaMonica McIver, dont la circonscription englobe Newark, a qualifié ce décès d' »outrage » et réclamé des détails sur les conditions de détention et le traitement de M. Brutus. » Cette tragédie n’est pas un incident isolé », a-t-elle affirmé. « L’administration Trump a montré un mépris total pour les droits humains, la dignité humaine et la vie humaine. »
Le sénateur Andy Kim avait visité le centre de Delaney Hall quelques jours avant l’annonce du décès et renouvelé ses appels à sa fermeture.
Un centre controversé depuis son ouverture
Delaney Hall, exploité par l’entreprise privée GEO Group dans le cadre d’un contrat de 15 ans d’une valeur de plus d’un milliard de dollars avec l’ICE, est au cœur de nombreuses controverses depuis sa réouverture en mai 2025.
En juin, quatre détenus s’étaient évadés après avoir défoncé un mur lors d’un soulèvement provoqué par des conditions de vie déplorables. Le maire de Newark, Ras Baraka, avait été arrêté devant l’établissement en mai alors qu’il tentait d’y effectuer une inspection.
Amy Torres, directrice exécutive de la New Jersey Alliance for Immigrant Justice, a critiqué le communiqué de l’ICE pour avoir décrit M. Brutus « presque entièrement par les crimes dont il est accusé » plutôt que par les circonstances de sa mort. « Il n’y a aucune situation dans laquelle cela devrait être une peine de mort », a-t-elle déclaré au New Jersey Monitor.
Dans son communiqué, l’ICE assure être « engagée à garantir que toutes les personnes en détention résident dans des environnements sûrs, sécurisés et humains ». L’agence affirme que des soins médicaux complets sont fournis dès l’arrivée des détenus, incluant un examen dans les 12 heures suivant l’admission et un accès aux soins d’urgence 24 heures sur 24.
L’agence a indiqué avoir notifié le bureau de l’inspecteur général du département de la Sécurité intérieure et le consulat d’Haïti. M. Brutus est l’un des quatre hommes détenus par l’ICE à être décédés en détention au cours de la semaine écoulée. Plus de 30 personnes sont mortes en détention de l’ICE depuis le début de l’année.
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Sources : ICE, New Jersey Monitor, New York Times, NBC New York, Religion News Service



